Chaque mois, Hippomundo s'intéresse à une personnalité connue et reconnue des sports équestres. Ce mois-ci, ce n'est autre que le médaillé de bronze (aux derniers Jeux Olympiques de Tokyo) Maikel van der Vleuten. Hippomundo a souhaité connaître ses impressions sur son expérience aux Jeux Olympiques et sur sa manière de préparer un cheval pour cette échéance.
Tout d'abord, félicitations pour la médaille de bronze de Tokyo. Pouvez-vous nous raconter votre expérience aux Jeux Olympiques de Tokyo ?
"J'ai maintenant pu vivre les Jeux Olympiques à trois reprises et c'est toute une expérience en soi. C'est le plus grand événement au monde. Les Jeux Olympiques sont les plus grands championnats pour tous les sports, c'est donc un rêve et un honneur d'y participer. Ce qui le rend si spécial, c'est que vous séjournez dans le village olympique, où tous les athlètes du monde entier sont réunis. Normalement, vous êtes toujours avec les mêmes cavaliers. Malgré le Covid-19, les Jeux étaient très bien organisés et tout s'est très bien déroulé. Vous pouviez également avoir des contacts avec d'autres athlètes, mais nous devions faire un test corona tous les matins."
Quand vous êtes sur la piste pour le barrage, comment vous préparez-vous? Qu'est-ce que ça vous procure d'avoir enfin la médaille de bronze ?
« Quand je suis devant la piste, j'essaie de rester concentré. J'étais très heureux que mon père soit là. Il me connaît bien, moi et mon cheval. J'étais le dernier concurrent du barrage, mon père pouvait voir les précédents candidats au barrage et nous avons donc pu établir un plan pour une médaille. Les barragistes étaient tellement bons et rapides que j'ai dû prendre beaucoup de risques. Quand je suis sur la piste, j'essaie de garder mon sang-froid et d'exécuter mon plan. Une erreur stupide et vos chances de médaille sont terminées. Pour un tel moment, je suis tellement concentré que je ne m'occupe pas du tout de ce qui m'entoure."
"Oui, et puis avoir cette médaille accrochée au cou est incroyable. C'est aussi parce que je ne m'attendais pas à ça avec Beauville Z. Il y a un an, je n'osais même pas rêver que je serais dans l'équipe néerlandaise avec ce cheval . Je savais que j'avais un bon cheval, mais je ne m'attendais pas à ça à court terme. La question pour moi était de savoir s'il allait durer. Normalement, vous travaillez vers le GP, mais maintenant cela doit arriver dès le début et vous montez quelques GP d'affilée. Il faut aussi attendre de voir comment votre cheval réagit aux longs trajets. Chaque athlète y travaille pendant quatre ans, et dans ce cas cinq ans. Les trois derniers mois avant les JO, chaque jour tourne autour de cela. Chaque cavalier a travaillé si dur pour y arriver et quand tout se met en place, c'est fantastique. Pas seulement pour moi, mais pour toute l'équipe."

Maikel with his Bronze medal - © FEI/Christophe Taniére
Nous avons vu de belles images le week-end dernier, où vous et votre père avez participé ensemble au Global Champions Tour de Rome. Qu'est-ce que ça fait de concourir à ce niveau dans ce sport avec son père ? Avez-vous toujours su que vous vouliez être dans le monde équestre ?
"C'est unique. Vous n'avez pas beaucoup d'exemples de père et fils évoluant ensemble au plus haut niveau. J'espère que nous pourrons le faire encore quelques années. Quand je suis né, il était déjà professionnel. Nous avons travaillé dur pour s'assurer que je puisse également concourir au plus haut niveau, mais sans les bons chevaux c'est impossible. À la maison, nous nous sommes toujours occupés à former et préparer les jeunes chevaux. Nous sommes en recherche constante pour dénicher de nouveaux chevaux de talent. Nous achetons souvent les chevaux lorsqu'ils sont encore jeunes, de cette façon ils sont encore abordables et si vous les entraînez vous-même, vous pouvez les former comme vous le souhaitez."
Lorsqu'on lui a demandé s'il avait toujours voulu faire du cheval, Maikel a répondu : "Oui. J'ai toujours trouvé ça très agréable d'être avec les chevaux et les poneys. Mes parents n'ont jamais eu à me pousser. J'ai aussi toujours joué au football et ça s'est pas mal passé non plus, mais à un moment donné, il fallait faire un choix. Et ce n'était pas difficile pour moi. Bien sûr, j'avais un avantage car je viens d'une famille de chevaux et que les poneys/chevaux, le matériel et beaucoup d'expériences étaient à portée de main. Cela m'a aussi beaucoup aidé pendant mon enfance."

Maikel and his dad during GCT Rome
Pouvez-vous nous parler du parcours de Beauville Z ? Comment s'est-il retrouvé avec vous et comment était-il en tant que jeune cheval ?
"Beauville est venu chez nous d'une belle manière, il y a environ cinq ans quand il avait six ans. Nous avions une étudiante espagnole dans notre écurie et elle cherchait un bon cheval. Nous sommes entrés en contact avec Holger Hetzel, qui organisait une vente aux enchères à l'époque. Il lui a conseillé d'acheter Beauville. Nous sommes allés à la vente aux enchères et avons acheté ce cheval. Il n'était pas du tout populaire, parce que les gens pensaient qu'il serait plus un cheval d'amateur. Elle l'a entraîné pendant un an et demi et il a presque toujours sauté sans faute. Il ne s'est pas vraiment démarqué, mais il n'a jamais fait de bêtises. À un moment donné, la cavalière a souhaité le vendre parce qu'il avait trop de qualité et qu'il était trop respectueux. Mon père m'a suggéré del'essayer pendant quelques semaines. Je l'ai entraîné chez moi et je l'ai emmené faire quelques compétitions au niveau 1m35. Il a tout fait parfaitement et puis nous l'avons acheté. Pour être honnête, je n'ai pas pensé à lui comme cheval de haut niveau, mais il s'est avéré que c'était bien plus que cela."
Quelles qualités pensez-vous qu'un cheval de sport de haut niveau devrait avoir ?
« Je pense que la capacité mentale du cheval est le plus important. Un cheval doit vouloir le faire, il doit vouloir se battre pour passer le saut. Quand ils ont cette capacité, ça fait une différence. J'ai remarqué ça surtout avec Beauville ; avec la bonne attitude et la bonne mentalité ce cheval a parcouru un long parcours. Bien sûr, pour le plus haut niveau, le cheval doit avoir les capacités physiques. Un cheval doit être respectueux et avoir de la force, il doit donc être capable de sauter facilement. Plus ils sont puissants, plus ils durent longtemps au plus haut niveau. La relation avec le cavalier est également très importante. Au fil des années, nous avons appris à nous faire confiance. Et puis il y a des facteurs comme la santé du cheval. Si le cheval est naturellement en bonne santé, a un corps et des jambes forts, la chance qu'il puisse performer dans le sport de haut niveau est plus grande."
Bref, pour devenir un cheval de sport de haut niveau, il doit avoir une bonne relation avec le cavalier, un corps solide, un bon mental, de bonnes capacités physiques et être respectueux."
À quels critères faites-vous attention lorsque vous achetez de nouveaux talents ?
« On les achète souvent à l'âge de 4/5 ans. les éléments auxquels je fais attention, c'est si je me sens à l'aise et confortable sur un cheval. J'aime les chevaux qui ont beaucoup de sang et qui sont chauds, donc qui veulent aller de l'avant. J'essaie d'évaluer s'ils sont intelligents. Ils n'ont pas besoin de sauter haut, mais je dois sentir qu'ils sont concentrés et savent ce qu'ils font. Vous ne pouvez savoir s'ils ont vraiment le bon mental que lorsque vous les montez plus longtemps, mais s'ils sautent déjà de nombreux parcours sans faute en tant que jeune cheval, cela en dit long sur leur caractère et leur mentalité de compétiteur. Tous les chevaux avec lesquels j'ai eu du succès jusqu'à présent, en tant que jeune cheval, faisaient quasiment que des sans faute."
« Nous élevons aussi grâce à 5 juments que mon père ou moi avons montées et parfois nous achetons quelques poulains en plus. Donc chaque année nous avons entre 5 et 10 poulains. Nous faisons notre choix d'étalons au feeling, mais nous choisissons souvent des étalons confirmés. De ces étalons, vous avez vu leur mentalité en compétition et leurs points forts et faibles. Nous essayons ensuite de compenser les points faibles de la jument avec les points forts de l'étalon."
Quel est le meilleur cheval, ou le plus sympa, que vous ayez eu jusqu'à présent ? Et pourquoi?
"Je trouve cette question très difficile. Verdi TN a toujours été spécial. J'ai remporté tellement de médailles avec lui et j'ai eu du succès aux championnats d'Europe, aux championnats du monde et aux Jeux olympiques. J'ai commencé à le monter quand il avait quatre ans. C'est donc très spécial quand vous avez formé vous-même votre cheval. J'ai eu beaucoup de bons chevaux, aussi en juniors et jeunes cavaliers. En fait, chaque cheval de haut niveau avec lequel vous avez gagné une épreuve ou réalisé quelque chose est spécial."
Comment vous entraînez-vous chez vous ? Quels exercices sont importants pour vous ?
"Cela diffère selon les chevaux, mais j'essaie toujours d'améliorer les points faibles d'un cheval à l'entraînement. Un bon travail de dressage est important. À la maison, nous essayons de garder les chevaux en forme et dressés. Parfois, quand il n'y a pas de compétition pendant quinze jours, je fais quelques lignes de gymnastique, pas hautes, mais plus pour garder le corps du cheval relâché et en forme. Avec des chevaux plus jeunes, à la maison, nous les exerçons un peu plus sur des parcours comme ceux que nous retrouvons en compétition, avec un peu plus de lignes. De cette manière, nous adaptons chaque entraînement pour chaque cheval."
Pour finir, avez-vous encore un rêve?
"J'aimerais concourir au plus haut niveau pendant encore de nombreuses années. Il faut toujours faire face à des hauts et des bas et ce serait bien d'avoir des succès réguliers. Essayer de performer dans des compétitions où il y a le plus de gains et les gagner."